Attachement
 

Pour comprendre les propositions qui se font actuellement sur l'éducation, il faut faire un retour dans l'histoire des idées, inscrite dans une époque donnée qui aidera à comprendre l'évolution de tous les types de diagnostic de santé mentale. Plusieurs étapes se succèdent, s'entremêlent et parfois laissent à peine une trace, mais finalement prennent corps dans des propositions rigides, comme une obligation de faire, sans que le profane en distingue jamais les origines.

Au début des années 1900, il y avait cette notion de l'inconscient freudien qui, avec le temps, devient un dogme, au lieu de demeurer dans sa nature d'hypothèse de travail, une métapsychologie ou une psychologie du fantasme, de nature purement subjective et avant tout fictive.

Et plus tard apparaissent les théories de la relation d'objet, puis de l'attachement qui se substituant à la thèse de l'inconscient, s'affirme comme non plus une autre thèse subjective, mais une réalité aussi concrète que l'observation directe.

La notion de l'attachement puise ses racines dans les travaux de Carl Lorenz, dans les années 40-50. Cet éthologiste et zoologiste montait, à partir d'observations animales, qu'un animal naissant va choisir comme substitut maternelle, le premier objet en mouvement mis en sa présence et par instinct atavique de survie, le suivre aveuglément, même s'il s'agit d'une poubelle, d'une autre race d'animal ou d'un humain. C'était le phénomène d'imprégnation (imprinting) qui se manifestait, un processus réel mais également aléatoire, en fonction de plusieurs variables.

On a fait la transposition sur la race humaine, dans les travaux, en particulier, de Mary Ainsworth et John Bowlby, en oubliant souvent que l'enfant humain naît dans une grande immaturité neurobiologique et mettra des années à se construire mentalement. Cet enfant peut également souffrir de déficits neurocognitifs, comme le TDA/H par example, qui à son tour influe directement sur la relation parent/enfant.

Le cerveau humain, en raison de sa complexité, naîtra souvent avec d'infinies microblessures, parfois anodines, parfois incommodantes ou encore handicapantes, à mesure que l'enfant grandit et doit accroître davantage ses connaissances et assumer son autonomie. De toute façon, l'enfant aura un caractère propre et singulier, même au sien de la même famille. Le phénomène de l'attachement repose sur l'instinct biologique de survie, mais chez l'humain, le caractère unique de l'enfant en détermine la direction, l'influence, l'intensité, voire l'importance. Au niveau de l'extrême, l'enfant gravement autiste ne manifestera pas son attachement au delà de la spontanéité du moment, car il vit surtout dans l'univers du plaisir instantané, de la pensée magique, de la satisfaction de l'instinct présent. Alors qu'un autre, sans ces mêmes difficultés, transformera toute relation en multiples interactions sociales.

En définitive, le modèle de l'attachement, de type biopsychoaffectif, ne devrait pas occuper trop d'espace (peut-être 5-10%) dans la conceptualisation, sans accorder une vaste place au modèle bio-génétique et neuro-developpementale qui prend d'autant plus d'importance que les situations de vie ou les pathologies sont particulières.




Claude Jolicoeur, m.d.
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