Correspondance avec Madame la Sénateur Céline Hervieux-Payette, au sujet de la garderie avant 2 ans, comme de la fessée occasionnelle

Le 28 mars 2006

Mme la sénatrice Céline Hervieux-Payette

Je ne peux que vous féliciter d’avoir défendu une position raisonnable, sur la garde des jeunes enfants, dans l'émission "Tout le monde en parle".

Au niveau de sa présentation, le pédiatre présent mélange différents concepts et observations cliniques, pour en faire une sorte de pot-pourri démagogique. Il joue au médecin, au psychologue, au travailleur social, sans aucune retenue. Il a sans doute participé à nombre de séminaires sur le sujet de l'attachement, de l'évolution cognitive du jeune enfant, mais sans rien intégrer vraiment en profondeur, et disant des semi-vérités.

En général, il n'y a rien de répréhensible à faire garder un très jeune enfant, par des gens stables et compétents. Tout dépend du contexte, des personnes, de l’enfant lui-même.

Le concept de l'attachement repose sur les expériences de Konrad Lorenz sur l'exposition de l’animal, dès les premiers jours de la vie, à un objet mobile ou une présence fortuite. En fonction de l’instinct vitale de survie, il y a une sorte d'imprégnation instinctive, variant selon les races, en durée et stabilité.

La psychanalyse de la relation (Winnicott, Bowlby) reprend cette idée, pour construire la théorie l’attachement, avec des ramifications multiples et péremptoires. Par exemple, que la confiance en soi provient d’un attachement sécure vs l’insécure, celle-ci source des maladies affectives.

Mais ce qui compte le plus dans la pratique courante, sans nier la compétence parentale, c'est l'intégrité neurobiologique de l'enfant. L'hyperactivité, par exemple, ne provient nullement d'un manque de présence, mais d'un déficit neurocognitif, construit lors de la genèse du cerveau, durant la grossesse, surtout 1er trimestre. Il y a de jeunes familles où tous les enfants sont hyperactifs, et surtout les garçons. Faut-il que cette mère assume seule, tout de défi éducatif, au nom d 'une théorie toute relative?

Les facteurs de risque les plus connus et importants, dans le domaine, seront :

1- les conflits immuno-génétiques entre foetus et mère (phénomènes de rejet), du genre incontrôlable à ce jour, sauf l’incompatibilité du facteur Rh, plus prévisible et mieux prévenu, quoique dangereux. Souvent responsables de la prématurité de la naissance, affectant encore le garçon plus que la fille.
Info web :
http://www.deficitattention.info/risquesGenetiques.htm

2- les maladies métaboliques: diabète gestationnel en particulier, très fréquent, souvent négligé médicalement, entraînant des complications néonatales, dans le travail prolongé ou traumatique, en rairon du foetus trop gros (macrosomie ou plus de 8 lbs).

L'embonpoint, l'obésité sont de grands facteurs de risque, pour la femme devenue enceinte, souvent aggravés pas l'hypoactivité physique durant cette période.
Info web :
http://www.deficitattention.info/risqueMetabolique.htm

3- l’environnement inadéquat: tabagisme, drogues, alcool, stress intenses, dépression, etc


Il m'importe de vous donner toutes ces informations, vu la gravité du sujet, en espérant ne pas vous importuner inutilement.

Mes salutations les meilleures


Dr Claude Jolicoeur
 

Le 5 avril 2006

Bonjour madame la Sénateur

On ne peut qu'appuyer, inconditionnellement, l'interdiction légale de la fessée, car la punition physique signale automatiquement l'impuissance de l'adulte tutélaire envers le comportement de l'enfant et plus aucune limite n'existe ensuite, franchi ce pas, même si on le veut anodin.

Mais ceci affirmé, il faut alors élaborer une capacité de compréhension qui évite le laisser-faire et permet un encadrement intelligent.

Dans cette perspective, l'on s'appuie trop exclusivement sur sa théorie magique de l'attachement et la présence physique de la mère, et s'enferme ainsi dans la conceptualisation un peu ridicule de l'attachement sécure (enfant facile) et insécure (enfant difficile). Il exclut la dimension du tempérament propre de l'enfant qui depuis quelques décennies, fait également partie de la psychologie au quotidien (travaux de Thomas & Chess et successeurs).

L'on pourrait sans doute affirmer que la compréhension des sensibilités et compétences individuelles, dans sa dimension neurosensorielle (et non psychanalytique) construit et enrichit la relation d'attachement affective qui autrement se morfond et se dissout dans la vide.

Ds mon site web, sur les troubles de l'attention ou la psychologie infantile, j'ait tenté de décrire les variables de la sensibilité, comme la notion de temps et d'espace, le seuil de la douleur, le sens du goût ou du toucher, les inversions des rythmes biologiques, sommeil/éveil, activité/repos, ou encore l'introversion vs l'extraversion émotionnelle (timidité vs provocation).

Une garderie peut ts bien offrir cette compréhension, dès le plus jeune âge, et s’attarder, en particulier, au temps de transition d'une personne ou activité à l'autre, cet enfant étant dépourvu de la notion de changement, d’anticipation, et d’organisation de son espace. Il s’agit de suppléer temporairement, selon l'âge et le besoin de chacun.

Curieusement le sujet de la fessée et celui de l’âge de garderie se rejoignent, puisque les fondements de la psychologie doivent s'invoquer.

Mes salutations les plus respectueuses


Dr Claude Jolicoeur