Le père autoritaire
Il arrive souvent que le père se réclame de la meilleure autorité sur l'enfant, car dès qu'il se présente, édicte ses règles, monte le ton, parfois menace, il se fait obéir sur le champ. Alors que tout le contraire survient en présence de la mère: l'enfant s'excite au lieu de se calmer, il s'oppose, il provoque, il refuse toute consigne. Donc le problème, c'est toi la mère, doucereuse, incertaine et protectrice du rejeton.
Les consultations proviennent, la plupart du temps, des mères qui malgré le déni du conjoint, s'inquiètent tout de même. Ça ne tourne pas rond. Pourquoi toujours gronder, punir et recommencer chaque jour cette ronde des confrontations.
Cette culpabilité, elle la vit de l'intérieur, elle la ronge et lui cultive le doute. Mauvaise mère? Elle l'entend, cette petite voix intérieure qui ne faiblit pas, fait écho sur les parois de l'âme.
Pour le père, la culpabilité, il la projette plus facilement en dehors, il a transforme en accusations, avec une apparente logique. Et plus elle augmente, plus elle déferle en vagues successives sur l'entourage proche, le voisinage. Il se protège derrière un mur de glace. Il profite, sans le savoir, de sa prestance physique, de sa voix rauque et ténébreuse, de son agressivité naturelle et peut-être parfois de son impatience, commune à tous les hommes dans les affaires intimes.
Chez l'enfant turbulent, opposant, la fermeté oblige sans doute à quelques menaces agressives. Mais cette agressivité ne saurait devenir un étalon de mesure, à toute occasion. Elle doit être l'exception. À long terme, l'enfant se carapace, s'endurcit et devint plus tard accusateur à son tour.
Évidemment, il contrevenir aux conseils de Freud qui, il y a un siècle, prônait la loi du père castrateur qui sépare l'enfant de sa mère surprotectrice, le Moïse des Tables hébraïques, châtiant son peuple, en cassant les pierres sacrées sur son dos. Mais sans oublier toutefois que les lois de l'Oedipe semblent encore actives, le fils provoquant davantage le père que la mère et le père plus impulsif dans sa réponse au fils, rival de la mère (et le même phénomène inversé pour la fille).
Claude Jolicoeur, m.d,
Avril 2006