Voltaire, vous connaissez?
(1694-1778)
Un nom qui s'entend ou se lit depuis des années, une petite citation dans un
livre ou un autre, qui vous surprend et interroge chaque fois. Et puis un nom
qui s'oublie pour revenir comme une ombre. Sur lui plane l'interdiction de
l'Église et des rois du temps. Il a pourtant écrit plus de 10,000 lettres, des
romans, des pièces de théâtre, par dizaines, des réflexions politiques,
philosophiques, des biographies de roi (Louis XIV), des satyres, des contes et
quoi encore, mais ouvrages dont plusieurs furent brûlés sur le champ.
Un homme qui fut bien rebelle toute sa vie, emprisonné à deux reprises, mais à la fois courtisan et critique du pouvoir féodal et religieux, puis enrichi de son labeur dans les Lettres, membre de l'Académie française, et finalement une hérésie supplémentaire, un affront de plus, car disciple de la Loge maçonnique, deux ans avant de mourir à 84 ans.
Le siècle des lumières, c'est lui d'abord qui sut défendre le droit de parler en tant qu'individu, lui qui soutint la liberté d'expression à tout prix, la séparation du pouvoir laïque et religieux, la justice sociale, si bien inscrites maintenant dans la valeur occidentale.
De naissance bourgeoise, François-Marie Arouet, comme il s'appelait alors, fit de brillantes études chez les Jésuites, malgré son peu de discipline. Pour couper court, ensuite, à ses étourderies, le père, notaire, n'hésite pas à l'envoyer en Hollande, parmi les pages du frère du parrain, ambassadeur royal. Amoureux d'une belle qu'il voulait enlever, sous déguisement, il y trouve davantage son billet de retour vers un père courroucé, désireux de l'expédier dans les Îles, avant de se calmer, et l'adjoindre à un procureur. Mais il fréquente plutôt la grande société des nobles. Il commence ses écritures, une moquerie, Puero regnante, sur le régent, Philippe II d'Orléans, qui lui vaut 11 mois de Bastille à 23 ans, puis des pièces de théâtre, Oedipe, Henriade, des poèmes. Il séduisait toute la noble société, jusqu'au jour de la bastonnade par les gens du chevalier de Rohan*, qui le renvoie à la Bastille une seconde fois, à 32 ans, durant 5-6 semaines, pour une remarque de mépris, au théatre, puis l'enjoint de passer directement, sans attendre, en Angleterre, sans doute sa meilleure punition, la plus productive, produisant l'occasion de découvrir le régime parlementaire, la liberté de parole, une plus grande justice sociale et de nouveaux génies.
Il y passa trois ans à observer, à découvrir les écrivains (Shakespeare), chercheurs (Newton), philosophes (Bacon), qui marqueront sa vie à jamais, comme l'attestent ses "Lettres sur les anglais", produisant scandale au retour. "Jamais un coup si rude n'avait été porté aux institutions sociales et religieuses de la France", selon Gustave Lanson, la Grande encyclopédie, 1902.
Les années se suivent et se ressemblent, fuyant d'une ville,
d'un prince, d'un roi à un autre lieu de protection et de plaisir de vivre,
toujours associés malgré les vicissitudes. Esprit vif et critique, il ne pouvait
se contenir trop longtemps, louvoyant entre la demande de pardon et la soudaine
frasque. Ses écrits étaient devenus si populaires qu'ils se répandaient dans
toute l'Europe et chez les ambassadeurs d'Amérique, tel un admirateur, Benjamin
Franklin, qui tint à lui faire bénir son petit-fils. Il fut le premier
journaliste, dit-on, de notre histoire. Son influence si grande inspira les
rédacteurs de la Constitution américaine.
Mais lui a-t-on tous pardonné d'avoir vécu et transgressé autant de règles
françaises et catholiques? Dans une recherche internet, la plupart des sites
sont en majorité anglophones, sites qui lui vouent la plus grande admiration,
lui reconnaissant la paternité de notre liberté civile et religieuse. Ces
"quelques arpents de neige" lui offre le meilleur repos éternel.
*http://www.dialogus2.org/VOL/lechevalierderohan.html
sites recommandés:
-
Château de Cirey, résidence de Voltaire
-
Encyclopédie de l'agora, Voltaire
CJolicoeur, 2006